kinesthésique

écriture-son-

vendredi 15 mai 2009

Sauvez le ça (et Our Souls par la même occasion)

Freud, Freud, Freud. L'incompris du siècle, dont on n'a retenu que le focus sur le sexe, le complexe d'Oedipe "si réducteuuuuur", et dont on a jeté (comme d'habitude) le bébé avec l'eau du bain. Ah, c'est excessif, ah, y a  des failles dans le raisonnement, ah, ben du coup tout est faux, on jette tout (et ça nous arrange bien).

Freud, donc, tu serais éberlué, bluffé, halluciné, de voir ce qui se passe avec le  vilain, très vilain "ça" dans notre société des années 2000. Le corps pue, les émotions dégoutent, l'humain choque, le naturel est trop "violent", "agressif". Le coup de boule de Zidane, le casse toi de Sarkozy, mon dieu quelle HORREUR. Comment peut-on ne pas se maîtriser à ce point. Quel affreux exemple pour les enfants. Vision atroce, insoutenable, que le spectacle débridé de ces instincts de haine viscérale et préhistorique. Non : nous valons mieux que ça! Nous allons nous atteler à y parvenir. Regardez. Regardez autour de vous: nous allons castrer tout ça. Violence, émotions, transpiration, humeurs corporelles diverses et variées. Eroder, abraser, effacer, euphémiser, édulcorer. Le règne du Sur Moi. On disait qu'on serait tous propres, qu'on parlerait pas trop fort, qu'on serait tous polis, qu'on s'énerverait pas, qu'on boufferait du lysanxia, qu'on irait souvent chez le coiffeur, qu'on défriserait nos cheveux, qu'on plaquerait avec du gel, qu'on lisserait avec du fer à repasser, qu'on sourirait quand on voit quelqu'un, qu'on dirait merci et s'il vous plait et je vous en prie (pas de rien) un instant je vous prie (pas ne quittez pas), qu'on s'excuserait beaucoup de déranger les gens et qu'on s'excuserait de s'être excusés, qu'on serait tous cordiaux, amicaux, salutants, distingués, respecteux, homologués, équitables, qu'on n'aurait plus de rougeurs sur la peau ni d'irrégularités, parce que maintenant les hommes aussi ont le droit d'aller chez séphora. Bref, on serait bien, comme ça, non?

OK. Moi, ça me fait flipper, une société qui s'auto castre, en plus des sérieux doutes sur la viabilité d'un tel projet (j'ose pas dire utopie). Ne créerera (si, si) -t-on pas des monstres pires encore, à vouloir étouffer ce qui doit s'exprimer. (il faudrait définitivement que je trouve autre chose que les questions rhétoriques, pour exprimer mon point de vue, je sens bien que ça manque de poids tout ça) .

Je crois qu'on assiste à l'érosion de tout ce qui est : personnel, pittoresque, "particular" comme diraient les Anglais, incongru, excessif, de tout ce qui "sent", de tout ce qui émane du corps, et plus largement de tout ce qui signifie une individualité (une posture, par exemple). Tiens-toi bien, et n'aie surtout pas l'air nonchalant, négligé, je ne parle même pas de sensuel, ou de lascif. (ça c'est pour les salopes, ou les artistes).
Non il faut se tenir tous pareil. Etre coiffés tous pareil.
Je me demande pourquoi, enfin qui veut ça? Parce qu'on le fait pour qui, nous hôtesses d'accueil (oui, je fais ce job en ce moment, ça me fait mal de dire nous, mais pour la légitimité du propos, je sacrifie mon orgueil, allez) ? Des cadres, des pdg, des trucs comme ça.
Je pense en fait, que ça les rassure.
L' homogénéité du personnel, leur aspect impersonnel, justement, leur permet de ne pas avoir à nous traiter comme des êtres humains, donc de ne pas avoir à être confrontés à nous, pas à se taper le barda de l'être humain, qui comprend classiquement et en vrac : émotions, contradictions, imprévisibilité, lunatisme, colère, etc.
Je m'avance peut être un peu mais il me semble que ce soit là une des explications, des racines des comportements de harcèlement au travail. Et autres manipulations .
Déshumaniser (par la tenue, l'attitude, le langage codé-je ne fais qu'user et abuser de formules de politesse, aucun mot de mon discours quotidien dans ce lieu de travail ne m'appartient en propre ) permet de ne pas avoir à considérer comme humain, permet cette facilité là, cette lâcheté là.

Donc moi, quand Zidane sort de ses gonds, quand Sarko est rouge de colère, quand Manaudou fout tout en l'air pour papillonner avec ses mecs, et quand Britney tape ses paparazzi, je me dis qu'il y a espoir, je me sens vivante, je jubile et j'espère, que l'on n'y perdra pas notre peau, dans cette dictature de la maîtrise. Et qu'on ne s'étonne pas si le nombre de psychopathes avérés augmente, et que le nombre d'actes compulsifs ultraviolents, ou de comportements de foule type hooligans, et autres dérives augmentent. Non, d'ailleurs non seulement on ne s'étonne pas, mais on pousse le contrôle et la maîtrise un cran plus loin. Freud, ça va barder, je te le dis, et on va être tous là pour voir ça, en plus.

Posté par kinesthesique à 16:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=399215&pid=13741195

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :