mardi 30 juin 2009
la Bonne Nouvelle du Jour
Ou comment trouver une alternative plus économique, ergonomique et moins calorivore que marcher sur la tête :
"Notre organisme a besoin d'énergie pour fonctionner. Attention toutefois de ne pas lui en apporter de trop car il stocke les excès. La meilleure façon d'équilibrer la balance est de dépenser physiquement les calories en trop. Mais quel type d'activité physique peut-on faire, et durant combien de temps, pour éliminer par exemple 2 carrés de chocolat, un morceau de fromage ou une part de pizza ? "
Aha, vous êtes aux abois, les filles hein. Ou excédées : vous vous dites pff, encore des marches d'escalier à monter pendant 30 minutes (que celui qui a déjà essayé pour de vrai de mener cette activité de front pendant 30 minutes se lève, s'il vous plait). Hé bien NON. Car :
"-2 carrés de chocolat noir (70% cacao) :
-Ils sont dépensés en restant simplement assis au bureau pendant une heure."
Je vous laisse méditer sur la clause non spécifiée , à savoir : si je reste assise à mon bureau, que je mange les deux carrés en même temps et que je réfléchis à combien de calories je brûle en même temps, et que j'en profite pour perforer mes feuilles à classer, en sus, quel total de calories aurai- je dépensé et surtout, puis-je manger sereinement le carré numéro trois. L'article ne précise pas non plus ce qu'il en est du chocolat au lait. A mon avis, il faut rester au travail plus longtemps. Donc lutter contre d'autant plus d'envie pour le carré numéro 4. Non, la vie n'est pas simple, vraiment.
lundi 22 juin 2009
ah, c'est sûr que c'est pas comme ça que tu vas trouver un mec
Bon. C'est quoi qui cloche chez moi. A part mon goût immodéré pour la syntaxe enfantine et les gros mots au milieu des réflexions de haut vol (si, si). Et ben c'est moi qui cloche, je crois. Entre mes deux derniers ex, dont je suis toujours plus ou moins amoureuse, sans l'être complètement. Ben oui, je ressens de l'amour, pour chacun des deux, qu'est ce que vous voulez y faire, tout en sachant que recommencer une ou plusieurs histoires avec eux c'est pas sérieux (ni possible) (ni même agréable). Cosmo dit de prendre une paire de ciseaux dorés imaginaire et de couper les liens alors j'essaie, hein. Je renvoie des vieux dessins par la poste et j'énonce des dizaines d'adieux. Oui, c'est la dizaine qui cloche. Et puis il y a cet ami avec qui je parle tous les jours et qui fantasme sur mon corps de bombasse (on va en reparler) (bien sûr j'exagère) et à qui je dis tout comme un meilleur ami mais qui donc évidemment périodiquement me fait le coup de la plongée dépressive pour cause de nous deux c'est pas possible et jamais je ne pourrai être que ton ami tu comprends. Alors, avec ces trois fantômes de testostérone, déjà, je pars mal. Ensuite, il y a ce corps de bombasse. Bon, comprendre, je suis pas un thon (je suis loin d'être une bombasse). Mais mon esprit malade (je pèse mes mots) depuis mes , disons 4, 5 ans, lui inflige une torture mentale et physique pluriquotidienne (ouh comme je sens l'ombre mesquine du barbarisme): chaque reflet, chaque miroir, chaque vitrine de magasin, chaque vitre teintée, ça va jusqu'aux verres de lunettes de soleil gazoilées type week end à la Plagne, lui renvoie à la gueule, bark, t'es moche, qu'est ce que c'est laid, hideux, déformé, monstrueux. Chaque personne croisée et dont le regard se pose un tant soit peu sur moi (marcher dans la rue à une époque et toujours parfois, est une vraie épreuve), qui répand des messages subliminaux type, quel corps mou, difforme, sans tenue,gros bide, grosses joues, physique de mongolien, grosse patate, disproportionnée, gros nez, visage porcin, quelle arrogance, quelle démarche bizarre, cette fille est louche. Et pour la partie physique : des semi marathons à n'en plus finir. Des trois fois deux heures de course à pied à jeun au bord de l'épuisement, à me traîner comme une mamie les jours suivant, les litres de coca light pour tromper la faim, et tout ça, pour gommer, éroder, ces rondeurs jamais absentes, cette cambrure, ce corps que je vois de baleine, et d'homme baraqué à la fois. Le menu-iser, le féminiser, raboter les angles, affiner les lignes. S'épuiser pour être aimée? facile cliché et pourtant, c'est bien ça (là, je déçois tous ceux qui voient en moi la libre penseuse subversive), c'est bien ça et en même temps, pas tout à fait : me séduire d'abord moi, manipuler ce corps jusqu'à le trouver beau, et donc, digne d'être trouvé beau par un autre. Ensemble de procédés et machinerie qui s'avèreraient héroiques- la beauté sublime de l''auto sacrifice, le labeur extrême, oh, la pauvre, si elle savait, comme elle est jolie, pourquoi s'inflige-t-elle ce jugement atroce, euh...c'est donc à ce moment là que je ne peux même plus me rattacher à la classe magnétique d'une angélina jolie sérieuse, dévouée, s'épuisant à la tâche, car, comment dire, voilà, une fois tous les 10 jours, évidemment, c'est l'effondrement du contrôle. Une baisse de foi en moi, un mauvais reflet, et là, l'épicier du coin fait son beurre: sandwichs (plutôt 3 que 2) , gâteaux apéros (plus c'est salé,épicé, dense,goûtu, plus j'achète), chocolat (noir, je rajoute même un peu de sel) , boîte de petits beurres, kinder bueno, noix de cajou, buggles aux cacahuètes, crèmes à la vanille, boîte de sprite chocolat, tout cela, après une journée normale, je précise, pas pomme salade, hein, non, trois repas normaux. Le quatrième repas se poursuit entre les larmes et la colère, par du allo resto , quatre fois dans la soirée, hop une carte bancaire et c'est simple, ça arrive chez toi, l'air de rien, le livreur n'a pas la moindre idée de ce à quoi il est en train de participer, il se dit tiens, une fille qui se fait un dvd pizza, c'est sympa, il a un bon sourire, donc une pizza chorizo, des tagliatelles carbonara, un poulet korma, un riz aux amandes, des beignets de crevette, des samosa légumes, un mi cuit au chocolat, un cheesecake aux coulis de fruits rouge, et à un moment, vers minuit, j'ai tellement mal au ventre, mais tellement, que je ne peux plus rien mettre en moi, et j'arrête. Là, on se dirait, la pauvre, elle fait de la boulimie, mais bon, elle se fait vomir, et puis ça rentre à peu près dans l'ordre, et non, même pas, elle ne vomit pas, jamais. Voilà, alors, évidemment, quoi faire après. Le lendemain, la semaine qui suit. Pour ne pas prendre 8 kilos en un jour. C'est simple, on redéroule le fil : honte de soi, dégoût du corps (forcément un peu déformé, pour le coup), semi marathons à jeun, et aux "t'as l'air fatigué" et aux "ça va", même les plus sincères, ceux des amis, ne pas savoir répondre. Presque personne ne comprend la boulimie (tu n'as qu'à manger équilibré -je mange équilibré-). La psy dit que l'origine est dans la toute petite enfance (bébé). Super. Alors j'avance, bien sûr. Genre, je mets le doigt sur des émotions, je libère des trucs, je m'autorise à être un petit peu plus moi un petit peu plus souvent; de l'extérieur, j'ai un poids on ne peut plus normal, ni ronde ni maigre, j'ai l'air parfaitement équilibrée (cf ma graphologie à l'embauche, une pièce d'anthologie). Mais en attendant, les lendemains de crise, et cette haine de mon corps, ce dégoût absolu de mon reflet, quotidien et tout à fait obsessionnel, j'en fais quoi. J'ai envie de me foutre la paix, sérieux. Que ça cesse. De trouver la clé de ce trou noir qui absorbe tout en moi, de faire exploser au lieu d'imploser. De dire merde, de crier, mais c'est la pizza qui crie à l'intérieur de mon ventre et sa paroi ne laisse pas entendre le son étouffé, qui ne sort pas. De faire du théâtre, et quand enfin, j'aurai trouvé la moi qu'il y a en dessous, et qui va bien, aider ceux qui vivent ça. Parce que t'as vraiment l'impression que t'es tout, tout seul, comme une conne à t'épuiser pour te faire aimer (et de personne, en plus), pendant que les autres sont en train de vivre une vie normale semée de tracas, de peines et de joies. Lao Zeu, t'aurais pu préciser, comment on la trouve, ta Voie.
lundi 15 juin 2009
Pendant quatre ans, elle s'est acharnée. A croire que c'était les bons. L'un, puis l'autre. Elle a ramé, pour les gagner, les conquérir. Les obtenir. Maintenir le lien. Créer de l'avenir. Force mentale hallucinante, efforts permanents, auto manipulation cérébrale, résistance, résistance. Marche en force. Amour in vitro. Coma artificiel. Faire l'amour avec la rage de la gosse qui veut ce qu'elle veut. Envers et contre tout. Envers et contre son corps...Envers et contre son coeur.. Elle était toute seule à s'acharner. A perdre ses forces de bon coeur, à s'épuiser, à remonter le fleuve comme un saumon surentraîné. Et puis elle a vu qu'elle était la seule à miser. Savoir retirer ses pions.
Ne pas lutter contre la force du courant. Nager dedans.
Une paire de ciseaux, dorée
Deux hommes, deux liens
Coupés
terrorisme relationnel, séquence 1
Manoeuvre typique, fréquente et largement usitée par de nombreux gens.
"je te donne tant, et tu n'offres rien en retour"
"tu ne donnes rien, tu es égoiste"
"ingrate"
Rester vigilant. Ces tentatives sont omniprésentes. Résister à la culpabilité qu'on a si bien apprise...
samedi 13 juin 2009
Pygmalionite aigue
Les gens autour de moi ont tous une idée précise de qui je dois être et de ce que je dois faire. Séquence...
Ma mère : ah oui avec ton père on se demandait est-ce que tu as pensé à faire prof dans le privé? (Putain de bordel de dieu, ça fait 4 ans que je vous dis que je n'aime pas ça et que je veux me barrer, et que je me suis barrée, putain de merde, jamais vous essaierez de savoir ce que je suis et ce que je veux, hein, c'est votre crédo ou quoi?) (euh, non, non, maman, j'ai décidé d'être psychothérapeute)
Mon médecin (qui se la joue regard distancié et lucide) : ah, vous voulez faire psychologie, ah...En tout cas je pense que vous devriez continuer à vous occuper de vos problèmes personnels (ah bon? ah merci, je pensais arrêter de m'en occuper et me tirer une balle pour aller plus vite) (oui oui évidemment, bien sûr, j'en ai encore besoin, bien sûr, béni oui oui oui oui monsieur oui oui oui oui madame plie la tête oui oui courbe courbe RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRAAHHHHHHHHH !!!!)
Ma soeur : ah je pense que vous devriez communiquer par téléphone maman et toi. Pauvre maman, tu sais elle s'inquiète. (oui oui , je suis la grande méchante, et elle la grande victime, c'est bien évident). (oui, c'est pas faux, t'as pas tort, j'essaie, mais tu sais...)
Ma grand mère : tu vas étudier à la sorbonne, alors? (oui, grand mère, la sorbonne, si ça peut te faire plaisir. je vais devenir riche, célèbre et exemple de réussite, promis. Bon, fac de psycho à st denis, c'est pareil. )
Mon ex: tu devrais faire une ESC , avec ton niveau et tes compétences, c'est beaucoup plus pragmatique et sûr en terme d'avenir. (c'est pas du tout moi !!!! je m'en fous de gagner 3000 euros!! je veux juste être bien) (oui, t'as pas tort, je vais me renseigner...peut être...ouais...ok...)
A tous, tous autant que vous êtes, qui projettez vos idées sur ma vie, mon être suffisamment perméable ou mobile ou ouvert pour vous faire croire que vous pouvez le modeler à votre guise, allez vous faire enculer bien profond.
Couper TOUS les liens bienveillants, bien intentionnés et pseudo fraternels qui vous façonnent à votre place.
Devenir ce qu'on veut être. Laisser pisser les commentaires.
dimanche 31 mai 2009
Ma mère, c'est moi
Non, pas un article sur l'éternel recommencement karmique du schéma maternel par la fille d'après.
Non ma mère, c'est ma mère. Elle a essayé, mais elle n'a pas pu m'apporter l'amour maternel dont la petite fille que j'étais avait besoin pour se construire. Le manque fait encore souffrir, mais le passé est derrière. Elle n'a pas pu, elle n'a pas réussi : cela fait partie de sa vie à elle, de son schéma à elle, de sa souffrance à elle.
Non ma mère, c'est moi.
J'ai réalisé il y a peu que ma mère biologique ne pourrait jamais m'apporter ce qu'elle n'a pas pu m'apporter. C'est con, hein. Qu'il fallait que je le cherche ailleurs. Et ailleurs, pas si loin. C'est moi. La part de moi qui a de l'amour à donner (si si, elle existe!), la solliciter pour s'occuper de la part de moi qui a, 2, 3, parfois 12 ans, parfois seulement quelques mois, et qui a souvent mal.
Combat quotidien, effort permanent, (moi c'est clairement d'heure en heure, voire de minutes en minutes) pour ne pas sombrer, mais écouter l'enfant qui souffre, et si ça, c'est fait, alors le reste est possible. Soigner est possible. Répondre au besoin décelé. Poser un acte. Un acte qui va dans le sens du besoin décelé...tout vient de là. Si on ne l'écoute pas, le ptit gosse qui chiale en nous, on prend le risque de la grosse débandade. La débandade qui s'appelle : j'ignore, je tais, je "surmonte"......et blam, je souffre en sourdine, et blam, la sourdine grandit, enfle, fait de plus en plus mal, et là, je prends le chemin qui consiste à me faire du mal, pour de vrai. Ou à tout faire de travers.
Alors....écouter le petit message qui a l'air tout merdique et piteux, du petit gosse tout régressif (et normal, c'est un gosse!) et putain, si on ne le zappe pas, c'est presque gagné.
je crée donc je suis
AAAttention.
Je ne vais pas dire des trucs du genre : je suis un artiiiiiiiiste, je Créée (avec trois majuscules et le ée déroulé dans une élégante diérèse). Je voulais mettre comme titre, "consommer versus créer", un truc comme ça. Aaattention bis : avertissement au lecteur: vous n'êtes pas dans un post équitable, éthicable, bobo, ethnique, voyagiste consciencieux, développement personnel à la petite semaineux. Je ne suis pas là pour servir la soupe, consommer, c'est maaaaal. Créééééer c'est mieux. Mais bon quand même, j'ai remarqué un truc. Que consommer, au sens propre du terme, c'est à dire ingérer un truc en moi, et gloups, avaler, me déprime profondément. Une vraie déprime, hein, type post coitum animal triste. Une litost à la Kundera. Un truc mélancolique, vague, sourd, pas cool. Par consommer j'entends par exemple, m'asseoir sans bouger, et n'être plus que le réceptacle vacant, vide, bouche ouverte, oreille ouverte, vagin ouvert, pores ouvertes, du monde extérieur: concert, spectacle, défilé d'images, dvd, cinéma. J'exclus la lecture en ce qu'elle suscite une activité intellectuelle, si on omet Closer et Public, s'entend. Dans ces activités là donc, je suis en position de passivité et l'inactivité physique (pour peu qu'elle soit jointe à l'inactivité cérébrale), le fait de me "laisser remplir" par des stimuli extérieurs comme un vase vide, me fait sombrer, comme perdre mes capacités, mes idées, mon énergie de vie, ma vibration interne- mon âme, quoi.
Et Paris est (en tant que capitale, je ne stigmatise pas) un vrai temple de la consommation. J'ai l'impression que les 25/35 ans sont là, à l'affût de "choses à faire", d'"events" pour remplir leurs journées, remplir, juste, et que la créativité manque. Ce qui les prive d'un vrai bonheur. Consommer du divertissement, et j'insiste, aussi intéressant soit-il, me parait stérile, inutile, voire néfaste, si l'on ne fait que l'accueillir en soi. C'est un peu comme poser son cul sur une chaise bébé et attendre la béquettée. Ca tue l'initiative, le ludisme, la subjectivité, ce qui fait que l'on est soi, et pas le reste. Au contraire lorsqu'une part de créativité intervient, quelque chose de participatif, où je vais immiscer une part de moi dans l'activité, je deviens mobile, heureuse (vraiment). Un processus où je prends ce que donne l'extérieur (le stimulus) et où j'en fais quelque chose (je remodèle, je produis, je transforme). Ingurgiter puis régurgiter sous une autre forme, plus élaborée -sans jugement de valeur- dans le sens, passée par un autre filtre, celui de ma subjectivité. Une sorte de valeur ajoutée. Alors je le répète, je ne suis pas un aarrrrrtiste. Il suffit de peu : au concert, bouger sur la musique, laisser mon corps faire sa danse, celle que suscitent les sons et les rythmes. Exprimer quelque chose !
Much Ado About Nothing
Labeur, tâche, travail, tripallium, tressaille !
Bon, je m'ennuie à mourir dans mon job alimentaire, comme je l'appelle. Ayant répondu à pas mal d'annonces et déjà navigué sur plusieurs missions données par diverses boîtes, je peux dire, en plus, que mon poste actuel n'est pas un cas isolé, et, en fait, je trouve ça flippant. Du travail qui n'en est pas. Du travail qui ne sert à rien... Pour moi, le travail, c'est quelque chose comme un effort, fourni en vue d'un but, plus ou moins en rapport avec un intérêt ou une passion personnelle-plus ou moins, parce que finalement, l'intérêt en soi du travail me semble résider...dans le travail lui même, à savoir : le fait de se mettre en mouvement, de "faire'" quelque chose, de produire un acte complexe avec un début et une fin, des étapes, des processus. A l'extrême limite, coller des étiquettes sur des cartons, ce serait déjà un "travail".
Or voilà, moi, ce que je fais, concrètement, c'est : être assise. Dire bonjour, au revoir, sourire, me tenir droite, coiffée, être d'accord avec tout ce qu'on me dit et demande, coller des étiquettes sur des badges, m'efforcer péniblement de maintenir la vie en moi pendant toute cette oisiveté paradoxalement très dure à supporter. Le plus intéressant que j'aie eu à faire pour le moment a été de répondre à deux trois appels à la suite, tout en mettant les cartons d'invitation dans les enveloppes, tout en souriant aux personnes arrivant au comptoir : autrement dit, trois tâches, basiques et minimales certes, mais combinées, produisant un minimum de complexité, donc d'intérêt (ludisme, mise en action). Pitoyable, donc. Mes journées sont des traversées de champs d'ennui métaphysique. Dans mon précédent job, je pouvais avoir accès au net, et les passages de gens étaient rares : je pouvais donc développer une activité parallèle tout à fait nécessaire à ma survie psychique (et physique).
Là, pas même : on me surveille du coin de l'oeil: l'idée étant donc, de s'efforcer de rester immobile et en attente, et ce en permanence. Lire un magazine serait une action, et une "faute". Je planque donc mon magazine psycho dans les pages de mon cahier et mon attitude la plus courante consiste à faire semblant, de ne rien faire: car, comme il n'y a rien à faire, précisément, faire quelque chose serait en quelque sorte trahir la mission qui m'a été confiée, fourvoyer mon poste, aller voir ailleurs, s'égarer, bref.
A se tirer une balle, je vous dis.
Le comble étant lorsque votre supérieur s'excuse de vous déranger et vous demande, "mais prenez votre temps, rien d'urgent, hein", si, quand vous aurez cinq minutes (!!!) vous pouvez aller consulter des liens de sociétés de désinsectisation parisiennes (on a des fourmis sur les terrasses, ça fait pas ambassade).
Le corollaire de cette inactivité d'essence, est le suivant : les gens s'agitent dans tous les sens pour se donner l'impression d'exister (je pense même qu'il s'agit d'un réflexe de survie, et je ne jette plus la pierre sur tous ces ragots, commérages, bruits pour rien, fussing about et autres fioritures superflues et infantiles: c'est finalement le seul moyen pour ces gens juste de ne pas péter un plomb).
Et cette absurdité totale à mon avis, se trouve dans beaucoup de "métiers" actuels. Le travail selon moi est de plus en plus en train de se muter en une activité qui tourne à vide et qui ne vaut que pour elle même. On cherche à s'agiter, à s'occuper, mais la tâche en elle même a peu ou pas de sens. Sans doute dû en grande partie à la division du travail, des tâches en plein de mini secteurs d'activités , de pôles responsables de petits fragments d'un tout et surtout le moins possible relié à ce tout histoire qu'on ne sache à la fin plus pour quoi, pour qui on travaille et dans quel sens. Cette perte d'unité d'action, de lieu et de temps a dû être étudiée par des sociologues du travail, je ne m'étends pas...
Ce qui est dingue, c'est que plus le travail est creux, stérile et vide de sens, plus la hiérarchie s'attèle à lui créer et conférer une importance extraordinaire. On va faire peser une pression quelque part, puisqu'il faut une pression quelque part; on va s'identifier à cette dernière, et finalement, on va faire corps avec son travail, l'aimer, le valider, s'y attacher. On nous convainct peu à peu par ce processus vicieux que l'on est utile, nécessaire, que notre mission est de haute volée et que, donc, la moindre erreur est fatale (vous voyez où je veux en venir).
Dans mon précédent poste, tout tournait autour des badges. J'étais au 7è étage, VIP, celui de la Présidence, dans un Siège, en plus. Il fallait trois badges à ces messieurs endimanchés (et résidents du 7è!) pour accéder audit 7è. Les hôtesses du bas délivraient des badges à numéro; puis nous appelaient instantanément, nous hôtesses du haut, qui notions le nom du visiteur, et le numéro du badge. Par la sainte magie du badge, les messieurs accédaient au 7è via l'ascenseur prohibitif, et se présentaient, avec chance, devant nous, qui récupérions le badge, et reportions l'heure, la minute, le visiteur,et le numéro du badge sur le fichier correspondant. Puis appelions l'assistante pour les annoncer, enfin, débloquions le sas d'entrée et la boucle était bouclée.
Je précise que nous n'étions pas dans l'armée...
Bref : tout le stress, l'activité, la pression, les sujets de conversation, de discorde et d'abus de pouvoir étaient cristallisés autour des badges. Une erreur en bas déclenchait la chaîne humaine à produire de la merde, du harcèlement, du blabla, de la tentative d'abus de pouvoir, de la manipulation à la petite semaine. Machin a encore oublié de noter le numéro du badge, machin n'a pas prévenu l'hôtesse du haut, putain machin fait vraiment du boulot de merde, appelle le responsable "c'est pas normal" franchement après ça va nous retomber dessus, appelle on va faire notre compte rendu. Milieu de femmes, peur de perdre son terrain, avidité, tous les instincts primaires de l'animal en action. Déroulé de chaîne tout à fait délectable dans la mesure où, enfin, on se sentait vivre un peu.
Une vraie scène de théâtre...cruelle, et hyper révélatrice de ce qui sommeille en l'homme. Et à mon avis, exacerbé par l'inutilité du travail demandé..
Dans ce milieu, il ya une pression énorme (alors que les visiteurs s'en foutent des badges comme de leur première chemise, évidemment). Le bon sens quitte rapidement les esprits obnubilés par la peur de perdre son job, s'identifiant donc à la pression qu'on veut bien leur mettre, adhérant à leur mission par nécessité, et pris malgré eux dans cet enchevêtrement de liens de manipulation, de séduction, de protection et défense de leur territoire.
Le sens, lui, a complètement déserté les lieux depuis longtemps. Les gens sont stressés, s'expriment par logorrhées, ont peur d'être "pris sur le fait" à lire des magazines, pointer deux minutes après l'heure, avoir mis la mauvaise épaisseur de ligne sur le tableau excell. Et font face comme des adultes infantilisés aux petits tyrans quotidiens qui les supervisent. On va finir par avoir de vrais problèmes de société, moi je dis (enfin finir....)
vendredi 15 mai 2009
Sauvez le ça (et Our Souls par la même occasion)
Freud, Freud, Freud. L'incompris du siècle, dont on n'a retenu que le focus sur le sexe, le complexe d'Oedipe "si réducteuuuuur", et dont on a jeté (comme d'habitude) le bébé avec l'eau du bain. Ah, c'est excessif, ah, y a des failles dans le raisonnement, ah, ben du coup tout est faux, on jette tout (et ça nous arrange bien).
Freud, donc, tu serais éberlué, bluffé, halluciné, de voir ce qui se passe avec le vilain, très vilain "ça" dans notre société des années 2000. Le corps pue, les émotions dégoutent, l'humain choque, le naturel est trop "violent", "agressif". Le coup de boule de Zidane, le casse toi de Sarkozy, mon dieu quelle HORREUR. Comment peut-on ne pas se maîtriser à ce point. Quel affreux exemple pour les enfants. Vision atroce, insoutenable, que le spectacle débridé de ces instincts de haine viscérale et préhistorique. Non : nous valons mieux que ça! Nous allons nous atteler à y parvenir. Regardez. Regardez autour de vous: nous allons castrer tout ça. Violence, émotions, transpiration, humeurs corporelles diverses et variées. Eroder, abraser, effacer, euphémiser, édulcorer. Le règne du Sur Moi. On disait qu'on serait tous propres, qu'on parlerait pas trop fort, qu'on serait tous polis, qu'on s'énerverait pas, qu'on boufferait du lysanxia, qu'on irait souvent chez le coiffeur, qu'on défriserait nos cheveux, qu'on plaquerait avec du gel, qu'on lisserait avec du fer à repasser, qu'on sourirait quand on voit quelqu'un, qu'on dirait merci et s'il vous plait et je vous en prie (pas de rien) un instant je vous prie (pas ne quittez pas), qu'on s'excuserait beaucoup de déranger les gens et qu'on s'excuserait de s'être excusés, qu'on serait tous cordiaux, amicaux, salutants, distingués, respecteux, homologués, équitables, qu'on n'aurait plus de rougeurs sur la peau ni d'irrégularités, parce que maintenant les hommes aussi ont le droit d'aller chez séphora. Bref, on serait bien, comme ça, non?
OK. Moi, ça me fait flipper, une société qui s'auto castre, en plus des sérieux doutes sur la viabilité d'un tel projet (j'ose pas dire utopie). Ne créerera (si, si) -t-on pas des monstres pires encore, à vouloir étouffer ce qui doit s'exprimer. (il faudrait définitivement que je trouve autre chose que les questions rhétoriques, pour exprimer mon point de vue, je sens bien que ça manque de poids tout ça) .
Je crois qu'on assiste à l'érosion de tout ce qui est : personnel, pittoresque, "particular" comme diraient les Anglais, incongru, excessif, de tout ce qui "sent", de tout ce qui émane du corps, et plus largement de tout ce qui signifie une individualité (une posture, par exemple). Tiens-toi bien, et n'aie surtout pas l'air nonchalant, négligé, je ne parle même pas de sensuel, ou de lascif. (ça c'est pour les salopes, ou les artistes).
Non il faut se tenir tous pareil. Etre coiffés tous pareil.
Je me demande pourquoi, enfin qui veut ça? Parce qu'on le fait pour qui, nous hôtesses d'accueil (oui, je fais ce job en ce moment, ça me fait mal de dire nous, mais pour la légitimité du propos, je sacrifie mon orgueil, allez) ? Des cadres, des pdg, des trucs comme ça.
Je pense en fait, que ça les rassure.
L' homogénéité du personnel, leur aspect impersonnel, justement, leur permet de ne pas avoir à nous traiter comme des êtres humains, donc de ne pas avoir à être confrontés à nous, pas à se taper le barda de l'être humain, qui comprend classiquement et en vrac : émotions, contradictions, imprévisibilité, lunatisme, colère, etc.
Je m'avance peut être un peu mais il me semble que ce soit là une des explications, des racines des comportements de harcèlement au travail. Et autres manipulations .
Déshumaniser (par la tenue, l'attitude, le langage codé-je ne fais qu'user et abuser de formules de politesse, aucun mot de mon discours quotidien dans ce lieu de travail ne m'appartient en propre ) permet de ne pas avoir à considérer comme humain, permet cette facilité là, cette lâcheté là.
Donc moi, quand Zidane sort de ses gonds, quand Sarko est rouge de colère, quand Manaudou fout tout en l'air pour papillonner avec ses mecs, et quand Britney tape ses paparazzi, je me dis qu'il y a espoir, je me sens vivante, je jubile et j'espère, que l'on n'y perdra pas notre peau, dans cette dictature de la maîtrise. Et qu'on ne s'étonne pas si le nombre de psychopathes avérés augmente, et que le nombre d'actes compulsifs ultraviolents, ou de comportements de foule type hooligans, et autres dérives augmentent. Non, d'ailleurs non seulement on ne s'étonne pas, mais on pousse le contrôle et la maîtrise un cran plus loin. Freud, ça va barder, je te le dis, et on va être tous là pour voir ça, en plus.
mercredi 6 mai 2009
la fin de la serpillère
Mère Thérésa, au placard.
Je suis empathique à l'excès et par dessus le marché, j'ai pris l'habitude de sacrifier mes ressentis à ceux des autres. Ca fait des années maintenant que je m'écrase à chaque fois qu'on m'agresse/me reproche qqch, des années que je suis convaincue que l'autre a raison, que mon ressenti est illégitime. Des années que je me JUSTIFIE. Des années que je me fais marcher sur les pieds, et en plus, de mon plein gré. J'ai eu une mère castratrice, malveillante, manipulatrice, je n'ai plus peur de le dire. Son amour (réel) s'est tordu en cruauté, souvent. (même là, je la justifie). J'ai tellement été habituée à être la pauvre merde, la fille louche, la fille coupable, celle qui fait le truc à tort et à travers, pas comme il faut, la fille sale, égoiste, qui sait rien foutre de ses dix doigts, la fille mesquine, mauvaise, je l'ai tellement entendu, intégré, accepté, cautionné, que maintenant (je viens de le réaliser, à peine) je passe les trois quarts de mon temps à "attendre" le couperet, le moment où je vais me faire taper sur les doigts, comme si c'était inévitable et normal (vu ma nature horrible, et fondamentalement peccamineuse). A tel point que je me demande dans quelle mesure je n'ai pas fréquenté des dominateurs, voire manipulateurs, juste par "confort", par un habitus, qui est toujours plus pratique à réitérer ad libitum qu'une volte face. A tel point aussi que non seulement, je suis totalement déstabilisée par l'attitude contraire -bienveillance- que je la fuis, ne sais pas quoi faire avec, m'enfuis honteusement en me disant que je ne la mérite pas, quand il se trouve des personnes qui me la manifestent. A tel point, que dans mon esprit malade (clairement), aucun, absolument aucun, de mes actes ou pensées n'est juste ou justifiable. Bien sur, en réfléchissant je peux arriver à le concevoir, par le cerveau, mais c'est totalement abstrait. Mes tripes crient tu es coupable, tu as fait la connerie, tu as tort, tu es faible, indigne.
Le seul exutoire est la colère. J'en avais une petite ce matin. Si rare, qu'elle s'exprime. J'ai fait une remarque à ma collègue de travail. C'était mon ressenti. Il était juste. Je n'ai pas "abusé" de colère. Et ben même là, j'arrive à en trembler. J'ai pleuré, j'ai la gorge serrée et le moindre conflit me met dans tous les états.
Voilà où j'en suis. Le boulot est gigantesque. J'ai pas fini d'apprendre à dire que mon cul est à moi, j'ai pas fini d'apprendre à dire merde.